victim blaming et importance du langage [Trigger Warning : Viol]

hammerça fait un bon moment que j’y pense tout en fermant ma bouche (ou plutôt mon clavier en l’occurrence) et à vrai dire je ne pensais pas en faire un article ici un jour. D’une part parce que j’ai trop peu de connaissances sur le féminisme et que je n’ai commencé à m’y intéresser que relativement récemment (hélas) donc crainte (un peu bête je sais) de ne pas être légitime donc de faire face à des reproches. De l’autre, parce que j’ai toujours eu l’impression que ce que je dis, pense ou écris n’intéresse personne (et ça remonte à bien des années en arrière) alors pour un sujet aussi important c’est difficile de constater zéro retour quand vous y mettez votre cœur (en espérant du partage puisque c’est le but) et que vous voyez bien qu’il y en a pourtant ailleurs avec d’autres personnes qui disent exactement la même chose que vous (que ce soit avant ou après) ; ça crée un mélange de honte, regret et inutilité en moi, et de solitude aussi et surtout. Il y a une troisième raison mais celle-ci je la garde pour moi bien que ce soit la plus importante.

Mais vous vous doutez bien que si j’écris ça maintenant c’est parce que j’ai décidé de cesser de me brimer (comme pour bien trop de choses depuis toujours). Enfin, j’essaie. Disons qu’avec tout ce qui circule en ce moment sur Twitter (et pas que) concernant les violences que subissent les femmes, c’est en train de m’affecter sérieusement. Entre Weinstein et Cantat on peut dire que : ça y va ! Lisez donc un peu les propos en réaction à ces deux abominables bonhommes de certains et même certaines, c’est à vomir. Et pour ma part ça me fait même peur. J’en viens à me demander parfois si nos combats dans l’espoir que ça change ne sont pas illusoires… anormal est un terme bien trop faible pour qualifier tout ça.

J’en viens donc à un point précis de la culture du viol (oui oui) que j’ai vu passer et repasser autant de mes yeux que dans mes oreilles depuis toujours ; ça ne fait même pas un an que je me suis rendue compte du problème (parce que société qui inculque des choses sans qu’on en soit conscients, donc pas de remise en question, normalisé, tout ça), et depuis la semaine dernière je ne le supporte plus ! Du tout. N’y allons pas par quatre chemins, qu’on se l’imprime dans le crâne, en gros, gras, majuscules, au fer rouge et tout ce que vous voudrez : On ne se FAIT PAS violer. On EST violé.e ! D’où l’importance du langage/vocabulaire/formulation/sémantique utilisé. Parce qu’utiliser un verbe d’action pour quelque chose d’aussi atroce ça le rend encore plus insupportable car c’est responsabiliser la personne de ce qu’elle a enduré et là on rejoint encore et toujours les constants victims blaming et slut shaming. Pas besoin d’être bilingue pour comprendre. Une victime de viol n’est JAMAIS responsable, d’où le terme victime. Par conséquent, le verbe d’action est tout à fait inapproprié. J’avais lu un article une fois qui prenait des exemples qui illustraient tout à fait ce que j’essaie d’expliquer : on se fait couper les cheveux, on se fait faire un tatouage, on se fait masser, on se fait inviter au restaurant… ce « faire » implique un choix de la personne, elle est consentante, c’est elle qui l’a décidé. Alors se faire violer ? Non, non et NON. C’est un acte subi par la personne, elle ne le souhaite pas, elle ne contrôle rien ! Donc, forme passive, ce qui donne : être violé.e. Ce n’est pourtant pas compliqué. Et OUI c’est important. Non je ne cherche pas la petite bête. Allez dire ça à une personne traumatisée à vie. ça parait futile en comparaison à la gravité de l’agression, mais c’est toute une histoire de tas de petites choses qui se cumulent les unes aux autres qui forment la situation dans laquelle on se trouve. Aucune n’est à négliger car toutes participent à ce système. Chacune est à pointer du doigt et à détruire.

Alors je peux excuser les personnes lambda et compatissantes qui le disent ou l’écrivent sans vraiment y réfléchir ; j’en ai moi-même fait partie très, trop longtemps, et il se peut que quand je m’emporte je l’utilise encore sans m’en rendre compte sur le coup même si je culpabilise quand je le réalise après et me corrige dans ma tête et même si je fais beaucoup plus attention qu’avant. Mais les prédateurs, les tordus, les personnes qui les défendent, celles insinuant que la victime « l’a cherché », la responsabilisant, minimisant, l’accusant de mentir, et j’en passe… Allez au diable. Et je reste polie. Et je le pense tout autant pour ces journalistes qui trouvent toujours des titres d’articles percutants et formulations de phrases qui participent à tout ce que je viens de citer, perpétuant ce phénomène nocif, influençant la population, accentuant tant de violence. Dans le même genre et pour rester dans le thème on retrouve souvent « un.e tel.le avoue un viol ». NON. C’est au coupable d’avouer, de confesser, de reconnaître, pas à la victime. Blâmer celle-ci d’avoir gardé un secret qui l’a démolie, s’intéresser plus à son silence qu’à l’acte du criminel, c’est tellement aberrant que j’en trouve pas les mots justement. ça me révolte. Dans ce monde patriarcal, c’est la victime qui porte une étiquette et tout le poids qu’elle implique alors que c’est elle qui souffre le plus ; c’est complètement insensé.

J’aurais beaucoup d’autres choses à dire au sujet de la culture du viol mais je ne ferais que répéter ce que beaucoup d’autres personnes ayant plus de visibilité que moi pensent et expriment déjà donc c’est inutile et puis surtout je voulais me concentrer exclusivement sur l’importance du choix des mots qui a un réel impact bien que d’apparence innocente. ça ne l’est pas. Même si on ne le réalise pas forcément en tant que lecteur/trice. La société, elle, le sait ; et les médias s’en arrangent bien. Et par conséquent, les gens aussi (surtout les hommes, on va pas se mentir). Ce qui provoque un cercle vicieux d’isolation, de souffrance, de culpabilité, d’angoisse et j’en passe.

Mon défi à moi ce sera d’arrêter de me bouffer les joues en retenant mon cri intérieur chaque fois que j’entends cette formulation par crainte de déranger, et plutôt de les reprendre. Et ce n’est pas si facile. Parce qu’entre énerver l’interlocuteur/trice, être moqué.e ou constater de l’indifférence, il est souvent plus supportable de se taire. Mais si on garde toutes/tous nos opinions au calme, on n’arrivera à rien. Il faut se faire entendre. Et j’ai comme l’impression que ça implique forcément de la douleur malheureusement…

Note : texte écrit le 15/10

Publicités

2 réflexions au sujet de « victim blaming et importance du langage [Trigger Warning : Viol] »

  1. Tu as raison sur toute la ligne alors n’hésite pas à prendre la parole. Même si parfois, lorsqu’on « ose » se revendiquer féministe et faire valoir nos droits on projette la lumière sur nous et certains se font un malin plaisir à nous pourrir la vie.. m’enfin il faut que tout ça avance!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s