Focus : 13 reasons why

400312Je vous vois venir, j’étais censée faire un focus sur Teen Wolf, j’en parle depuis fin février… je le ferai c’est sûr mais ça prendra du temps car j’ai du mal à trouver mes mots et je souhaite lui faire honneur. Là, 13 reasons why, ce n’est selon moi pas vraiment une série tv, ce n’est pas un divertissement, c’est plus sérieux que ça. Alors on a vu des tas de vidéos de personnes donnant leur avis circuler depuis sa sortie, donc je n’avais pas envie de faire ça sous ce format en partie à cause de cet effet mode (même si je ne vois pas ça d’un mauvais oeil pour autant puisque j’en ai regardé et que ça m’intéresse) mais aussi parce que je ne me vois pas me filmer pour ne parler que de ça et que j’aurais trop de mal à m’exprimer à voix haute à son propos. Ce qui est certain c’est qu’elle m’a marquée et ce pour longtemps. C’est pas le genre de série qu’on oublie facilement. Ce n’est pas ce qu’on regarde pour s’évader. Ce n’est vraiment pas le genre pour lequel on va se qualifier de fan ni dire que « c’est ma série préférée » et même pas de simple « j’ai adoré » ; en tout cas ce serait de mon point de vue trop bizarre, voire malsain.  Mais ça secoue, et c’est tellement nécessaire… Et là encore au moment où j’écris ces mots je ne sais pas comment l’aborder de la bonne manière mais ce que je peux vous dire tout de suite c’est que cet article sera bien plus une réflexion personnelle qu’une analyse de la série, je ne parlerai pas de la bande originale ni des acteurs ou quoi que ce soit d’un point de vue cinématographique (et j’estime ne pas connaître suffisamment le domaine pour avoir la prétention de le faire à ce jour).

J’ai commencé Booktube à peu près en même temps que Fanny (à quelques jours près en fait) et je me souviens qu’elle a parlé de ce livre très tôt, et elle m’avait tout de suite intriguée donc ce titre était de côté dans un coin de ma tête mais je n’ai pas eu le temps de me décider à me le procurer qu’une série en a été faite et qu’on en parlait de partout sur Twitter ; de mon côté j’étais en train d’emménager et n’avais pas accès à internet donc je n’ai pu m’y mettre que lorsque c’est retombé un petit peu, au mois de mai (et c’est pas plus mal, je ne suis généralement pas à l’aise en plein dans une vague de succès). D’ailleurs je ne peux pas avoir accès à Netflix depuis ma chambre donc c’est niveau cuisine ou rien et il y a peu de tranquillité à cet endroit. J’ai lu l’article que Saefiel en a fait sur son blog et je dois dire qu’elle m’a convaincue plus que personne de la regarder à mon tour car j’hésitais, même si la vidéo de Nine m’avait déjà pas mal titillée ; et je savais que Fanny l’avait vue bien entendu. Ma mère étant prof dans un lycée pro, le thème du harcèlement est très abordé aujourd’hui entre collègues profs et ils ont même déjà eu une formation à ce sujet qui a été moralement difficile pour tous (je parle du petit établissement où elle travaille, petit lycée agricole, j’ai bien entendu conscience que ce n’est pas encore ça de partout) ; du coup, comme elle avait envie de regarder un film ou une série je lui ai proposé ça et on a regardé ensemble pendant une semaine et demi. Et pour être honnête, même si j’aimerais vraiment pouvoir regarder une série tranquille dans mon lit, je suis plutôt soulagée de ne pas avoir vu celle-là toute seule car j’aurais très mal vécu certaines scènes. ça parait bête mais j’arrive à faire diminuer un peu mon émotivité en présence d’autres personnes sans même que ce soit volontaire ; même si je ressens quand même fortement les choses en mon intérieur j’arrive à faire en sorte qu’elle n’explosent pas ; donc si j’ai certes serré les dents, été tendue et senti une grosse boule dans ma gorge, seule je suis certaine que je me serais laissée submerger par l’horreur. Alors quand on se retient ça demande à être expulsé plus tard, je ne le nie pas, mais ça m’a été plus supportable de cette manière-là.

Je vous préviens que je m’apprête à piquer une légère crise de nerfs pour ces prochaines lignes avant de changer de paragraphe mais : je ne comprends absolument pas qu’on accuse cette série de glamourisation du suicide et je ne tolère pas ces propos ; vraiment ça me met hors de moi ! Elle dénonce la gravité de l’acte, elle montre comment on peut en arriver là, en quoi est-ce que c’est quelque chose de glamour ? Si c’est juste parce que l’actrice est plutôt jolie c’est complètement stupide. RIEN n’indique qu’elle fait ça pour attirer l’attention, au contraire puisqu’elle ne parle de son mal être à personne justement ; rien dans ce scénario ne m’a fait voir de « essayez, c’est cool, après on vous aime et vous restez dans les mémoires » On est loin de Pretty Little Liars là (je n’ai vu que deux saisons mais je me souviens très nettement d’une fille y déclarant qu’elle préfèrerait mourir jeune pour ne jamais être oubliée ni « abîmée » physiquement par la vieillesse) ! C’est même bouleversant dans le sens où on sait l’inévitable qui va arriver mais qu’on est totalement impuissants. J’ai lu quelque part que des profs dans des lycées américains ont contacté les parents pour quasiment les interdire de laisser leurs enfants ados regarder cette série. Les sujets tabous ne sont pas assez abordés dans notre société, et quand c’est fait d’une manière certes choquante mais intelligente on veut la censurer ? C’est pas comme ça que les choses arriveront à enfin évoluer ! Il serait grand temps de cesser de culpabiliser les mauvaises personnes et arrêter d’excuser l’indéfendable. Attention je ne nie pas la violence, bien au contraire, je suis même persuadée que si j’avais vu ça à l’âge de 16 ans j’aurais moi même été dans un sale état face à certaines images. Mais c’est nécessaire, plus que jamais. J’y reviens au paragraphe suivant car une autre critique me fait tiquer : l’idée que le suicide d’Hannah est une forme de vengeance et donc considéré comme quelque chose de nocif. Je ne suis pas spécialement d’accord même si je comprend l’opinion. D’abord parce que franchement, entre ce qu’elle subit avant de prendre cette décision et recevoir des cassettes à écouter on n’a pas à chercher bien loin pour savoir qui a le plus souffert même si je ne nie pas que ce doit être très perturbant. Et ensuite parce que le terme de vengeance me dérange car sa mort n’affectera pas certaines personnes responsables autant qu’elle affectera ses parents par exemple ; hors la vengeance c’est plutôt « puisque tu m’as fait mal je te fais mal à mon tour de manière aussi forte », et là ce ne sont pas du tout les responsables qui le paient le plus cher puisque ce ne sont pour la plupart pas ceux qui tenaient le plus à elle. Par ailleurs j’ai la sensation qu’au moment de s’enregistrer elle n’est pas encore certaine à 100% d’en arriver là ; pas avant la dernière cassette. Alors c’est comme une sorte d’auto-thérapie à la recherche d’une infime lueur d’espoir qui se transforme en un besoin irrationnel d’expliquer son geste (le seul qui dans sa tête lui permette d’arrêter l’agonie) : pour elle-même, pour ceux qui l’aimaient, pour ceux qui ne l’ont pas entendue, et pour que les gens prennent conscience de la portée de leurs actes (ou absence d’agissement au contraire). Donc non, je ne crois pas une minute qu’Hannah ait été dans le mode de pensée « je vais me venger » ; je pense même qu’elle ne réfléchissait plus vraiment et ne voyait plus rien d’autre que sa propre souffrance, au point qu’elle n’imagine pas la « guérison » envisageable ni d’autre futur que le lycée.

Ce qui ressort beaucoup de cette histoire qui est similaire à celle de trop nombreuses jeunes personnes, c’est qu’elle a choisi d’abandonner plutôt que se battre. C’est vrai. Mais j’ai envie de dire que « elle aurait pu trouver une autre solution » c’est un peu trop facile. D’une part, c’est déculpabiliser les éléments responsables même si oui c’est elle qui a fait ce choix ; choix qu’elle n’aurait peut-être jamais fait sans toute cette accumulation, décision qu’elle n’aurait peut-être jamais prise si quelqu’un avait cherché à percer la carapace au lieu de laisser tomber. De l’autre, on ne peut pas se permettre de dire d’une personne qu’elle « n’avait qu’à parler » ; parce que c’est là aussi se déresponsabiliser (on vit dans un monde d’égoïstes c’est affolant), parce que « parler » n’est pas toujours si simple, encore moins pour une ado et encore moins après un traumatisme par lequel elle passe (pas de spoil, donc je dirai juste : épisode 12), et parce que trop souvent lorsque certaines personnes en souffrance essaient de parler elles ne sont pas écoutées voire même repoussées.

Je crois que ce qui m’a le plus bouleversée dans 13 reasons why c’est que cette jeune fille, je la comprends beaucoup trop. Et sans préciser plus que ça, j’ai eu la chance infime mais inouïe de tomber sur des rares mais précieuses personnes qui m’ont relevée quand j’en étais incapable ; mais je sais aussi qu’il s’en faut toujours de peu pour basculer d’un côté ou de l’autre (j’ai senti la mince ficelle séparant les deux tanguer dangereusement quelques fois) et que tout le monde n’a pas la même chance, ce qui ne veut pas dire qu’une personne mérite plus d’aide ou vaut mieux que l’autre, car le hasard ne se contrôle pas (même si je ne supporte pas l’argument du « destin » qui comme une force supérieure décide de qui passera par le malheur et qui y échappera « parce que c’était écrit »). Mais c’est pour ça que comme l’exprime Clay, non seulement on peut faire mieux, mais il le faut. Parce que ce n’est pas encore assez. Et que si trop culpabiliser est nocif, jouer les autruches l’est tout autant. Et les « j’aurais dû » ne seront jamais réparables…

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J’ai écrit cet article il y a un mois, désolée de ne pas l’avoir publié plus tôt. Depuis il y a eu une polémique sur Twitter après qu’un jeune se soit suicidé à la manière de 13 reasons why donc je voulais juste rajouter quelques mots : je trouve quand même très poussé d’accuser une série d’un acte aussi terrible car pour qu’une personne en arrive là c’est que de base il y a déjà un mal-être profond, ce n’est pas une oeuvre fictive (livre ou écran) qui va donner envie à une personne de se foutre en l’air si de son côté elle va bien. Et si le côté violent choque, c’était justement le but des scénaristes, ça me parait évident ; qu’on trouve ou pas que c’est la bonne manière, ce qui est sûr c’est que ça reste. Après, bien entendu, il faut faire attention selon la personnalité, maturité, sensibilité des éventuels spectateurs. Le fait qu’on soit prévenus à chaque début d’épisode prépare un peu aussi à s’accrocher mais j’ai entendu que ce n’était pas le cas quand ça venait de sortir donc là je suis d’accord que ça peut être risqué quand on ne s’y attend vraiment pas du tout.

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Une réflexion au sujet de « Focus : 13 reasons why »

  1. Je suis totalement d’accord avec ton article, les polémiques autour de la série n’ont pas lieux d’être et si des personnes en arrivent au suicide, à la violence ou à commettre des actes irrémédiables ce n’est surtout pas la cause d’œuvres culturelles. On cherche beaucoup de causes dans les médias en oubliant que les facteurs principaux sont l’entourage perso, pro, l’éducation…

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