Révolte clichés minceur

panda_triste_ours_panda_mignon_de_bebe_carte_postale-r60e4347b5fb049078d25b200eedb4596_vgbaq_8byvr_324.jpgça fait un moment que ça me travaille de faire une vidéo à ce sujet mais c’est assez délicat et il faudra vraiment que je prépare le texte pour le coup. Mais là, ce soir, parce que j’ai encore été confrontée à tout ce qui m’énerve au sujet dont je vais parler ici, j’avais envie d’en faire un article histoire d’y passer mes nerfs.

J’ai toujours été très mince. Même presque maigre jusqu’à mes 20ans. ça a évolué un peu en grandissant et probablement aussi en grande partie grâce ou à cause de la pilule. J’avais un peu trop pris lors de mes trois mois en Afrique du Sud mais c’est en reprenant mes habitudes françaises que je suis naturellement redescendue à mon poids normal. Pour faire simple et parce que c’est pas quelque chose que je ressens le besoin de cacher, je vais donner des chiffres. Je mesure 1m61. Je pesais 48 kg au lycée, mais avec le stress du bac et la pression énorme que j’avais de la part de ma famille (dont des comparaisons sympathiques avec ma cousine qui elle réussirait haut la main c’est évident donc moi il fallait que je bosse hein) et plus particulièrement mon père (sous prétexte que mes trois frères étaient tous en train de redoubler, moi j’avais intérêt à réussir), je suis descendue à 46 kg pendant mon année de terminale (j’ai aussi eu une interruption totale de mes règles pendant un mois au passage mais c’est pas le sujet). Et j’ai jamais réussi à récupérer ces deux kilos de perdus. Un an après, j’ai vécu une rupture amoureuse extrêmement difficile ce qui m’a fait descendre à 42 kg à presque 19 ans… sauf que j’en avais rien à foutre. Mais là non plus ce n’est pas le thème donc je ne m’arrête pas dessus. Progressivement je suis remontée à 46kg, puis 48kg, pour ensuite me stabiliser à 50-52kg. Et c’est pile poil le poids que je rêvais d’atteindre et dans lequel j’ai commencé à me sentir bien dans mon corps. ENFIN. J’ai mal vécu ma minceur pendant mon adolescence, vraiment. De voir que toutes les copines ont de la poitrine et pas vous, que leurs fringues les moulent quand vous même un slim vous flottez dedans et êtes obligée de mettre une ceinture, de voir très facilement vos os : côtes, clavicules qui ressortent comme le bassin au point qu’il y ait carrément un creux et un espace entre votre ventre et votre culotte quand vous êtes allongée… Ben ouai, c’est dur, j’en ai pleuré, j’ai détesté mon reflet, pensé que personne pourrait jamais vouloir de moi, etc. Et quand pour la plupart des personnes leur but est de maigrir et que vous voyez parler de régime un peu partout autour de vous, pour moi au contraire c’est ma hantise, je le redoute. Parce que j’ai pas envie de redevenir maigre et de nouveau être mal dans ma peau, ce serait une perte très difficile à accepter. Et à vrai dire ça a déjà commencé depuis quelque temps… mais là encore c’est pas le sujet et je ne sais même pas si j’en parlerai un jour ici car ça a un lien avec quelque chose d’ordre psychologique que je ne qualifierai même pas de difficile tellement ça va bien au-delà, et dont très peu de personnes sont au courant ; donc si qui que vous soyez en me lisant, vous ne le savez pas, c’est que je ne le souhaite pas, point barre.

Alors pour en venir au sujet : certes, la société actuelle vante la minceur, loin de moi l’idée de le nier. Mais résultat, trop de monde croit à tort qu’une personne mince ne peut donc pas souffrir. C’est archi faux. Je dirais que les filles sont plus touchées par le jugement et ses conséquences car l’apparence compte malheureusement davantage que pour les garçons dans cette société avec la pression de la perfection féminine même si (ne me faites pas dire ce que je ne pense pas) les hommes morflent également avec ce « but » de la virilité pour être acceptés. Et l’autre conséquence, c’est que dans l’intention louable de défendre les personnes rondes (attention, là encore ne me faites pas dire ce que je ne pense pas du tout car je suis totalement pour défendre les personnes jugées de « grosses » et croyez-moi que ces méchancetés je les entends sans arrêt dans mon entourage surtout familial), on se sent bêtement obligés de taper sur les maigres sans même voir où est le problème là-dedans. Ben moi j’en ai marre. Mais vraiment, vraiment marre ! Ras le bol. POURQUOI est-ce que pour valoriser une personne ronde ça nécessiterait de cracher sur la morphologie opposée ? Qu’est-ce qui vous dit que celle-ci ne vit pas tout aussi mal la critique ? et ça marche dans le sens inverse évidemment, défendre une mince n’implique pas de se moquer des personnes plus « épaisses ».

Je vais vous faire une petite liste sympathiques de remarques que j’ai connues pendant des années et qu’il m’arrive encore de rencontrer.

  • squelettique
  • planche à pain / planche à repasser
  • on dirait pas que t’as tel âge ! t’as pas de seins, pas de hanches
  • ça m’étonne pas que t’ai pas de copain, t’as vu à quoi tu ressembles ?
  • manges un peu !
  • faut grossir !
  • c’est pas normal ce poids à ton âge
  • fais gaffe hein tu vas devenir anorexique c’est grave tu sais c’est l’hôpital !
  • ouai ben au moins les filles pas minces elles ont des formes elles, comme des femmes quoi, pas comme des petites filles
  • il n’y a que les chiens qui jouent avec les os, les vrais hommes eux aiment les formes

Et j’en oublie sûrement… Ben grande nouvelle : c’est blessant ! Et surtout à l’adolescence. Rondes, « normales », maigres, toute personne mérite le respect et personne ne devrait choisir de taper sur les autres pour se défendre ! répondre au mal par le mal et en plus envers des personnes qui n’ont rien demandé à personne, c’est nul. Et quand on essaie de faire comprendre que ces propos que j’ai cités font mal, les gens sont soit sincèrement étonnés parce qu’ils ne le soupçonnent même pas tellement ces remarques sont banalisées et courantes (surtout sur les RS) soit croient que vous jouez les offusquées dans le vent juste pour vous plaindre sans respecter les autres qui souffrent vraiment « eux ».

Petit point sur le cas précis de l’anorexie parce que c’est pour moi le pire de tous : vos bouches ! ça résume tout. Je peux pas être délicate désolée. Non parce que moi je me les suis pris dans la tronche par ma famille sans arrêt, sous prétexte qu’ils bossent quasiment tous dans la santé. Sérieusement, c’est censé être rassurant ? de dire à une jeune fille qui a juste faible appétit (ce qui ne veut pas forcément dire qu’il y a un problème et que la nourriture nous dégoûte) et ne grossit de toute façon pas même en mangeant des tonnes de Nutella qu’elle va finir à l’hôpital ? j’ai été terrorisée à cause d’eux, sincèrement. Alors quand on me le ressort aujourd’hui oui je réagis au quart de tour et il n’y a rien de tel pour me mettre en colère. Et est-ce que vous vous rendez compte un seul instant qu’il y a toujours un risque que vous vous adressiez à une personne qui souffre effectivement d’anorexie sans que vous le sachiez ? Et que vous lui balancez donc en pleine tête un jugement sur quelque chose dont elle souffre énormément, dont elle culpabilise, et que vous enfoncez le couteau en lui reprochant sa douleur ? C’est un trouble du comportement alimentaire, une MALADIE quasiment impossible à contrôler alors STOP les reproches (fondés ou non) ! Et c’est juste ignoble de balancer cet argument comme menace à quelqu’un qui selon vous ne mange pas suffisamment  (oui, « attentiooon tu vas finir à l’hosto oulalaaa » c’en est une, maladroite certes, mais quand même ; dire un truc dans l’intention de faire peur dans l’espoir de faire réagir c’est une menace ; même si d’apparence peu violente ça a des conséquences).

Ce n’est pas une blague, ce n’est pas « drôle » de dire à quelqu’un de très mince qu’il est malade, que ce soit vrai ou pas ! car dans le cas où c’est vrai vous n’êtes absolument dans la délicatesse nécessaire pour le soutenir mais totalement l’inverse. Les réflexions « ben manges ! » d’un ton autoritaire, je vous le donne en mille, nouvelle du siècle : non seulement vous n’apportez aucune aide à la personne mais en plus vous l’enfoncez encore plus en la culpabilisant ainsi, sans lui donner de choix ni montrer de douceur / bienveillance, et ce même si pour vous c’est de l’inquiétude car elle est montrée comme agressive ce qui ne fait que blesser et énerver l’autre, et donc ne le fera absolument pas réagir pour aller mieux. Malheureusement je sais ce que je dis ; car même si je ne suis jamais tombée dans l’anorexie à ce jour, avec le recul je me rends compte que lorsque je ne pesais plus que 42kg je l’ai frôlée, et j’ai été confrontée à ce genre de réactions insupportables auxquelles j’avais juste envie de hurler de me foutre la paix et me suis éloignée de ces personnes. Et au contraire dans le cas où c’est faux, vous lui inculquez la pensée qu’il ou elle est tellement maigre (donc moche dans sa tête) qu’il ou elle ressemble à un malade ; de même que la réflexion « Oh tu sors d’Auschwitz? » d’ailleurs (haha tellement rigolo). Et vous croyez que la personne à qui vous adressez ces paroles va reprendre confiance avec ça ? Vous croyez franchement que ça va la booster, motiver, augmenter son estime d’elle-même avec un physique qu’elle n’a pas choisi et une morphologie contre laquelle elle ne peut pas lutter ? mais atterrissez un peu !

Dernière chose : quand une personne comme moi maigrit facilement surtout du fait de son état psychologique (stress, trauma, deuil, etc.) mais galère grave à remonter même en n’ayant rien changé du tout à son alimentation (et même en mangeant pleins de cochonneries), quand elle vous exprime sa tristesse de ne pas réussir à grossir, par pitié ne l’envoyez pas chier sous prétexte que vous vous souhaitez maigrir et pensez donc qu’elle a de la chance et estimez qu’elle n’a pas à se plaindre (vous n’êtes ni dans son corps ni dans sa tête, personne n’a le droit de juger de la légitimité de la souffrance d’autrui) ; et surtout ne lui balancez pas le fameux « ben manges » (qui, au passage, peut parfois être vu comme un peu méprisant donc blessant même si ce n’est pas dans votre intention) comme si c’était évident, comme si c’était la seule solution, et comme si elle n’y avait pas déjà pensé avant vous ! Si elle le dit c’est qu’elle n’y arrive pas, qu’elle le vit mal, et cherche juste un peu de soutien et d’écoute. C’est tout. Pas forcément de réponse. Et si effectivement la personne se nourrit moins que d’habitude, il ne sert à rien de lui dire « ba tu manges rien alors t’étonnes pas hein » d’une part parce qu’il faudrait peut-être vous demander s’il n’y a pas une raison à cette baisse d’appétit (qui est très fréquemment une conséquence à un mal être qui peut être plus grave qu’on ne le soupçonne surtout si c’est soudain ; et parfois il n’y a pas d’autre manière de l’exprimer même si c’est inconscient), et de l’autre parce qu’elle ne s’est peut-être pas encore rendue compte elle-même qu’elle mangeait moins alors l’agressivité ne fera que la renfermer davantage dans un cas comme dans l’autre ; un-peu-de-délicatesse-merci-au-revoir.

Alors l’appétit, les comportements alimentaires, la nourriture, la morphologie, la minceur / maigreur, le poids, le jugement et les clichés, la psychologie et la sensibilité… tout ça c’est très différent d’un individu à l’autre et tous ces points sont très liés ; donc faites attention à ce que vous dites car des fois vaut mieux se taire et réfléchir avant de l’ouvrir, vraiment. La maladresse peut faire beaucoup de mal et même si ce n’est pas intentionnel ça n’excuse pas toujours tout, ce serait trop facile. Défendons tout le monde sans avoir à prendre de cible pour soulager une autre. Arrêtons ces clichés et conclusions hâtives sans chercher à pousser plus loin que le bout de son nez. Stop les critiques. Stop la société et sa superficialité nocive. J’aurais pu partir bien plus loin dans cet article car pleins de points demandent à être développés (comme le sexisme, le mannequinat, la méchanceté des ados, l’influence de l’entourage, et j’en passe) mais là je voulais me concentrer sur celui-ci précisément (et parce que j’en ai une expérience personnelle) pour essayer de faire comprendre que oui, aussi fou que cela puisse sembler, parfois les minces souffrent elles aussi, c’est juste qu’on le prend jamais en compte.

Phrase de conclusion ? Ce monde manque sérieusement d’empathie et d’ouverture d’esprit. S’il vous plait, prenez-en conscience.

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3 réflexions au sujet de « Révolte clichés minceur »

  1. Ma grande sœur à le même problème que toi, elle a toujours été mince pourtant elle est du genre à grignoter n’importe quoi toute la journée. Dans la famille, on ne s’en est jamais formalisé, il n’y a que ma grand-mère mais c’est la « vieille école » et pour elle, une femme doit avoir des formes. Alors de sa part elle a eu droit aux même réflexions que toi mais ma sœur à du répondant et l’envoie facilement sur les roses. Pour petite anecdote, ma sœur stress facilement et ma mère, avant son bac français, l’a emmené chez le médecin traitant (un nouveau qui s’est avéré complètement nul). La première chose qu’il a demandée quand il a vu ma sœur, c’est si elle mangeait correctement et si elle n’était pas anorexique, on a vite changé de médecin. Ne te formalise pas sur les réflexions même si c’est dur, ce n’est pas parce que tu es mince que tu n’es pas jolie, tu plairas toujours à quelqu’un faut juste être patiente et trouver la personne. Ma sœur a maintenant 31 ans, elle est en couple avec une petite-fille de 5 ans et si tu veux savoir elle fait 46kg pour 1m62.
    Et puis franchement, sur cette terre personne ne convient, tu es soit trop grand ou trop petit, trop gros, trop mince, trop bavard, trop timide etc… On en fini pas. Il faut simplement se plaire à soit même et se sentir bien dans sa peau, ce qui n’est pas chose facile dans ce monde qui prône le parfait.
    Bonne journée 🙂

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  2. Au lycée les ado sont de nature méchante si tu était déjà pas bien dans ta peau forcément ça n’arrange rien ^^
    J’ai toujours été d’une nature un peu ronde (pas grosse hein) mais disons que j’ai des formes et que je n’aime pas les régimes car j’aime trop la bouffe …
    N’ayant pas peur des chiffre aussi, je fais 1m57 pour Apres 66-67kg … voila voila par contre je ne fais pas de réel effort pour mincir, sinon d’être sportive (ce que je ne fais pas du tout en ce moment, mais que je compte reprendre après avoir fini mon cdd ^^)

    Aimé par 1 personne

  3. Quand ce n’est pas des remarques sur le poids, c’est sur autre chose. Quelque chose de différent de tout le monde. Je n’ai jamais eu de problèmes avec mon poids. Alors les gens m’attaquaient sur mes cheveux. Pas tous les jours que tu vois ma crinière faut croire. Autant que certain l’idolâtre, autant que d’autres détestes. J’ai fini par l’accepter. Les gens sont méchants point. Je n’aurais pas été rousse que ça aurait été des commentaires sur mes dents quoi. À la fin, c’est à se demander si ces gens là sont bien dans leur peau. Et la réponse est non. Rendus adultes, nous sommes capables de s’en rendre compte, mais jeunes on le voit pas. Ça marque et ça fait mal. L’important je crois, c’est d’avoir conscience de ce qu’il faut pour être bien avec soi et surtout d’écouter son corps et non les standards de beauté et les gens qui vous jugeront sur absolument tout.

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